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Cette année 2019 sera l'année de l'Europe. Les élections de printemps marqueront inévitablement soit la relance du projet politique européen, soit son naufrage, probablement définitif.

Les erreurs du passé sont sous les yeux de tous et les conséquences en sont chèrement payées. Ces erreurs sont liées à un manque de solidarité entre les États membres de l'Union et à un manque de prévoyance de la part des classes dirigeantes, préoccupées d’encaisser périodiquement un gain électoral immédiat, à utiliser uniquement au niveau national. Les humiliations réservées aux peuples, au peuple grec particulièrement, montrent combien l'histoire n'a pas ou peu enseigné : la leçon des régimes totalitaires du XXe siècle, nés sous les cendres de la frustration et de l'humiliation, semble avoir été vaine.

Auschwitz est un nom qui, de A à Z, contient l'alphabet de l'horreur : en plein cœur de l'Europe, il est devenu le lieu de l'anéantissement du "différent", à identifier non seulement avec les juifs mais aussi avec les dissidents, les opposants, les handicapés, les malades mentaux, les homosexuels, les témoins de Jéhovah, les Roma, les Sinti et les Slaves. Aujourd'hui, 74 ans après la libération de ce camp de concentration, nous célébrons le 19ème jour du souvenir de la Shoah (la "catastrophe", en hébreu) institué par la loi 211 du 20 juillet 2000.

     Le vote récent du Parlement européen contre le gouvernement hongrois demande l'application de l'article 7 du traité de l'Union européenne, qui permet aux institutions européennes de soumettre un Etat membre à une sanction en cas de violation manifeste d'un des principes fondamentaux de l'Union : la démocratie. Il est bien connu qu'une telle demande ne produira pas d'effets, puisque la décision finale doit être prise par le Conseil européen, où plusieurs gouvernements, comme ceux de la Pologne, de l'Autriche et de l'Italie, sont du côté du gouvernement de M. Orban.

     Toute cette histoire est la manifestation la plus récente de la crise historique que traverse la démocratie représentative moderne en Europe et en Amérique. Une telle crise concerne la compréhension de ce qu'est la démocratie. Les pratiques démocratiques modernes reposent sur l'idée fondamentale de créer des limites explicites et inviolables à tout exercice du pouvoir et de l'autorité, de sorte que même le pouvoir du peuple est soumis à une limite fixée dans la liste des droits et des devoirs des citoyens et des différentes communautés. D'autre part, l'idée de démocratie propre à plusieurs mouvements politiques en Europe et à l'administration de Trump aux Etats-Unis repose sur l'idée que le processus démocratique consiste en un simple mandat populaire qui permet au vainqueur d'une élection présidentielle ou à une majorité au Parlement de se considérer comme le seul représentant légitime de la " volonté générale " de la nation.

Le Premier ministre hongrois, M. Orban, est de plus en plus connu pour certains choix opérés par son gouvernement, qui suscitent des réactions très mitigées, impliquant la restriction de la liberté d'expression, liberté religieuse, liberté d'association, les droits des minorités et des migrants, et une restriction de l'indépendance du pouvoir judiciaire. Le Parlement européen, dans une résolution récente, a exprimé son opposition, car si dans le corps de l'Europe se développe un esprit aussi gravement préjudiciable aux principes démocratiques que nous avons partagés et vécus (malgré toutes les lacunes) ces dernières décennies, l'idée même de l'Europe risque d'être compromise.  Les résultats des élections suédoises, au cours desquelles des impulsions xénophobes et souveraines similaires à celles d'autres pays européens émergent fortement, ont contribué à cette conviction.

La Conférence internationale d'été Tainach 2018 de l'Association des universitaires catholiques et du Centre d'enseignement catholique Sodalitas sur le thème "Penser l'Europe du futur" a débuté samedi soir avec une séance de brainstorming d'une trentaine de participants venus de Slovénie, Slovaquie, Ukraine et Autriche.

     L'Assemblée du SIIAEC (*) Pax Romana qui s'est tenue du 20 au 22 avril 2018 a réfléchi sur le thème de la solidarité en Europe. L'Union européenne était censée donner le bon exemple en matière de démocratie, de droits de l'homme et d'État de droit, mais les nationalistes et les populistes sont arrivés au pouvoir dans plusieurs pays de l'UE, bien que de manière démocratique. La situation dans les pays qui appartenaient auparavant au bloc soviétique, exige une attention particulière. Les partis au pouvoir croient que la volonté politique est au-dessus de la loi. Nous connaissons cette attitude et ses conséquences de l'histoire récente. L'objectif de cette déclaration est d'inviter nos membres à participer au renouvellement du projet européen. 

Retour à l'histoire

L'Europe a été blessée par de nombreuses guerres, y compris d'énormes conflits religieux. L'UE est une réponse politique, un projet de paix voulu par ceux qui ont subi les effets dévastateurs des politiques racistes ou nationalistes. Plus qu'un ensemble de traités, il s'agit d'une association de peuples et de nations. Elle se construit progressivement par des solidarités "de fait", les activités économiques étant un des moyens d'y parvenir.

Article de Robert Schuman paru dans la revue de Pax Romana en Juin 1953

On commettrait une erreur et on serait victime d'une illusion dangereuse si on croyait que pour faire l'Europe il suffirait de créer des Institutions européennes. Ce serait un corps sans âme. Ces institutions devront être animées d'un esprit européen, tel que Sa Sainteté Pie XII vient de le définir devant les membres du Collège de l'Europe à Bruges le 15 mars dernier. Les peuples participant à une Communauté européenne devront avoir conscience de leur solidarité et placer leur confiance dans leur mutuelle coopération.

Toutefois, entre nations qui hier encore s'affrontaient comme ennemies, l'éclosion de tels sentiments sera lente et difficile ; elle sera contrariée non seulement par les souvenirs d'un passé récent, mais aussi par des erreurs, des maladresses et parfois des provocations voulues, enfin par les appréhensions visant l'avenir. Autant de raisons que nous avons d'aboutir rapidement.

     La douleur de la mort de deux de nos concitoyens (italiens) sur le champ de bataille confus de Lybie, a de nouveau attisé un conflit politique interne qui se développe maintenant sans retenue ni limite dans l’expression, et qui a alimenté un sentiment de peur et de repli à l’intérieur des frontières. L'Europe tombe en morceaux, comme un géant aux pieds d'argile, sous la pression de milliers d'hommes, de femmes, d’enfants en provenance de la Syrie, l'Irak, l'Afghanistan, et de nombreux pays africains. A l'heure actuelle, on ne fait même plus la distinction subtile (et souvent brutale) entre réfugiés et «migrants économiques», face aux multitudes qui campent dans des enceintes sous contrôle.