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Décédé à près de 100 ans, Ramon Sugranyes de Franch a été un pilier de Pax Romana et l'un des fondateurs du MIIC. Son histoire personnelle jette une lumière sur ses convictions et son action, convictions et action qui ne cessent d'inspirer Pax Romana.

Né près de Barcelone en 1911, Ramon fait des études de droit et de lettres et est engagé dans le mouvement des étudiants catholiques durant la République espagnole (1930-1936). Partisan des idées pédagogiques novatrices, il est en même temps collaborateur de divers journaux. Au début de la guerre civile (36-39), ce fervent catholique est opposé à l'esprit de croisade qui anime beaucoup d'évêques et de catholiques espagnols. Ramon décida de partir en exil en France où il milite au sein des Comités pour la paix civile et religieuse, avec Maritain et d'autres intellectuels (Salvador de Madariaga). Durant la 2eme guerre mondiale, il trouve refuge en Suisse où il accompagne le cardinal Vidal i Barraquer – le principal représentant d'une Église opposée au soulèvement militaire du général Franco. Il passe sa thèse et poursuit ses études sur Ramon Llull, grand théologien catalan du Moyen Age, un précurseur du dialogue interreligieux. Ramon enseigna les études ibériques jusqu'à sa retraite à Fribourg (Suisse) où se trouvait alors le secrétariat international de Pax Romana

 

 Ramon contribua à la création du Mouvement International des Intellectuels Catholiques (MIIC) de Pax Romana dont il existait auparavant une branche étudiante (le MIEC), d'abord comme secrétaire général de la création en 1947 à 1961 et puis comme président pendant dix ans dans les années 60s.

De ces années à la tête du MIIC sont nées de nombreuses amitiés : le philosophe Jacques Maritain, le théologien et futur cardinal Journet, le prélat de la Curie Montini, le futur pape Paul VI, l'italien Vittorino Veronese (futur directeur de l'UNESCO), l'espagnol Joaquin Ruiz-Gimenez qui jouera un rôle dans la transition démocratique de l'Espagne, la portugaise Marias de Lourdes Pintassilgo (qui a été premier ministre durant la transition), le chilien Eduardo Frei (le président avant S. Allende), le polonais Tadeusz Mazowiecki, premier ministre de la transition polonaise. Comme représentant de Pax Romana, il est devenu président de la Conférence des OIC (Organisations Internationales catholiques) dans les années 60. Auditeur laïc au Concile Vatican II (62-65), il a contribué à l'évolution d'une Église ouverte sur le monde et ouverte aux laïcs : il a été membre du Conseil Pontifical des Laïcs durant la première mandature, où il a siégé aux côtés de l'archevêque Karol Józef Wojtyla qui deviendra le Pope Jean Paul II en 1978!

 Après ces mandats, Ramon a présidé l'Institut International Jacques Maritain établi en Vénétie et qui joue un grand rôle pour la diffusion de cet humanisme intégral et ce souci d'ouverture qui ont caractérisé l'esprit du Concile Vatican II. Attaché à l'Université de Fribourg qui lui avait donné refuge, symbole de science et d'étude pendant les années troublées, qui est aussi le lieu de naissance de Pax Romana, Ramon a toujours maintenu un lien étroit avec sa Catalogne natale où il passait ses vacances et où il est mort. En 1998, il avait publié ses mémoires en catalan : « Militant per la justícia » (Barcelone, édition Proa).

Nous pouvons méditer sur ce destin difficile : lorsque le cours de l'histoire semble obliger à choisir un camp contre l'autre. Y a-t-il une place pour une voie qui respecte la vérité et la dignité de tous ? Quel est le chemin à parcourir pour préparer les transitions, au plan intellectuel, culturel et politique, lorsque l'orage a cessé et qu'il faut construire le monde nouveau ?

Nous pouvons remercier Dieu pour l'oeuvre accomplie par Ramon Sugranyes de Franch

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