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Les scandales d’abus sexuels créent une situation nouvelle et nos mouvements sentent la nécessité d'agir. Mais comment? L’objectif de ce forum d’échanger des expériences en réponse à l’appel du pape du 24 août 2018. (Pour les autres langues, cliquer sur le drapeau à gauche).

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Le MIIC-Pax Romana est un mouvement porté vers l’action en vue de la transformation de nos milieux de vie. Je crois fermement que cette transformation est tributaire de notre transformation en tant qu’homme, en tant que femme, chrétien, afin de devenir effectivement sel de la terre et lumière du monde. Les témoignages et les échanges sur ce que nous vivons et sur ce que nous voyons sont des moments cruciaux pour construire cette transformation sociale. J’appelle de tous mes vœux que cette session nous permette de jeter une graine pour l’amélioration des conditions de vie des populations sur notre continent.

Etre citoyen chrétien ou témoigner de l’amour de Dieu dans notre société.

 «Vous êtes le sel de la terre …Vous êtes la lumière du monde. …Que votre lumière luise devant les hommes, afin qu’ils voient vos bonnes œuvres, et qu’ils glorifient votre Père qui est dans les cieux». (Mt 5, 13-16).

L’Eternel Dieu veut construire une civilisation d’amour, de foi et d’espérance. Il nous connait et c’est lui qui nous a choisi, qui désire nous envoyer en mission, et  pour cela, il nous dote des capacités pour accomplir cette mission. De mon point de vue, comme chrétien, je me nourris de Dieu, de sa parole, de sa présence, de son esprit pour transformer mon environnement, pour impacter mes amis, mes collègues, mes parents et mes frères à travers mon travail, mes actions, mes prises de parole.

Mes premiers pas dans l’engagement citoyen ont été forgés au MIEC où dans la continuité de mon éducation familiale et scolaire chrétienne, j’ai appris à solidifier ma foi et à développer le regard spirituel comme l’un des fondements de mes analyses socio-politiques. La chrétienté m’a permis d’éloigner la peur, de développer l’écoute et d’aiguiser mon sens d’observation au service de la paix et de la justice en République Démocratique du Congo.

Pour la petite anecdote, mon engagement pour la paix et la sécurité dans la région des grands lacs comme président du MIEC-RDC, il y a quelques années, est intervenu après un échange, avec un frère du MIEC devenu chef rebelle en Ituri au Nord-Est de la RDC. Le témoignage de ce frère, pointé du doigt parce que, devenu chef rebelle, avait changé ma perception d’une situation dramatique que je lisais et voyais à travers les médias. J’avais senti en moi une obligation d’un engagement en faveur de ces milliers jeunes et en particulier , de ces enfants soldats, victimes innocentes d’une guerre dont les dividendes n’étaient perçus qu’en termes d’influence politique, économique et culturelle dans la région des grands lacs,  en termes des ressources naturelles exploités ou à explorer.

C’est cet engagement pour la paix en RDC et dans la région des Grands lacs qui m’amène activement dans le domaine électoral de mon pays comme animateur de la société civile, défenseur des droits humains jusqu’à devenir dix années plus tard membre de la Commission Electorale Nationale Indépendante. Je remercie le père Rigobert Minani sj et les évêques de la Conférence Episcopale Nationale du Congo pour leur accompagnement et particulièrement leur écoute.

Quels sont les principaux défis du processus électoral en République Démocratique du Congo ?

L’organisation des élections est un processus complexe multi acteurs dans le temps et dans l’espace visant le choix libre, démocratique et transparent des gouvernants par les gouvernés. Sa réussite dépend de l’implication qualitative des parties prenantes. En République Démocratique du Congo, les principales parties prenantes au processus électoral sont les électeurs, les candidats, la Commission Electorale Nationale Indépendante, le gouvernement, le parlement ainsi que les cours et tribunaux. Les principaux défis du processus électoral naissent de l’interaction de ces acteurs, notamment :

  1. La majorité des électeurs ont une mauvaise perception de la politique et des élections.  La RDC, c’est 63% des électeurs qui ont entre 18 et 35 ans mais aussi 78% des électeurs dont l’âge varie  entre 18 et 45 ans. Ces jeunes se désintéressent de la politique et des partis politiques (601). Ils sont cependant victimes des manipulations politiques et les réseaux sociaux avec les fausses informations ne favorisent pas la construction d’une opinion politique solide et saine. Il est important d’étendre davantage l’éducation à la citoyenneté en permettant aux jeunes de mieux connaître leurs droits et devoirs afin de mieux s’engager socialement. L’encadrement de la jeunesse doit réhabiliter la politique auprès des jeunes, leur permettre de l’aimer et les encourager à être des candidats lors des différents scrutins. Nous encourageons les différentes confessions religieuses à mettre la main à la pâte étant donné que la majorité des jeunes exercent leur engagement civique dans le cadre de leur croyance religieuse. Dans le domaine concret des élections, les jeunes devraient être formés et informés à une  bonne compréhension des processus et procédures qui permettent de garantir les valeurs fondamentales de l’acte de vote.
  2. L’intégrité électorale préoccupe toutes les parties prenantes au processus électoral, mais aucun n’en fait une priorité. La sincérité de l’expression du suffrage des électeurs et l’acceptation des résultats sont des préoccupations majeures dans le déroulement des élections dans nos pays. Elles conditionnent la gouvernance du pays après les élections, mais elles sont généralement la  source des crises politiques majeures ou des conflits armés. L’indépendance, l’impartialité et la neutralité de la CENI ainsi que le déploiement des témoins des candidats et des missions d’observation électorale domestique et internationale sont présentés comme des garanties à la crédibilité des élections et à l’acceptation des résultats. Dans la pratique, afin de favoriser l’acceptation des résultats, ces facteurs sont associés à une médiation électorale pour tenter de contenir les contestations et les violences électorales qui surviennent durant le processus électoral. La fraude électorale est souvent le fait des candidats, mais elle est attribuée généralement à la Commission électorale. La CENI doit faire face, pour la crédibilité des élections, à des interférences politiques durant les opérations électorales, notamment :

- Les tentatives de recrutement des militants des partis politiques qui peuvent mettre à mal l’indépendance, la neutralité, l’impartialité et la transparence de la CENI. (Environ 500.000 membres des BVD)

- L’installation des bureaux de vote dans les établissements appartenant à des acteurs politiques.

- La mise en place des bureaux fictifs

- La désinformation, les fausses nouvelles, les rumeurs pouvant perturber le processus électoral jusqu’à des conflits électoraux  majeurs.

- Le vote multiple en utilisant le vote par dérogation des témoins, des observateurs électoraux et des journalistes.

- Les menaces à l’intégrité des résultats des scrutins suite à des manipulations illicites et illégales des membres des bureaux de vote.

- La disparition ou la désorientation des plis des bureaux de vote et de dépouillement

- Les modifications des résultats des bureaux de vote et de dépouillement dans les centres locaux de compilation des résultats.

- La publication des faux résultats des scrutins, avant et après la CENI. Un principe  est en train de se développer en Afrique, une élection remportée par l’opposition est juste, démocratique et crédible alors qu’une victoire électorale du président sortant a des chances d’être qualifiée de non crédible.

Le financement des partis politiques et des candidats  aux élections.

 Le croisement des intérêts privés avec la souveraineté nationale. Les citoyens, marqués par plusieurs années de dictature, d’atermoiement des acteurs politiques, des  guerres des armées sans frontières, et par une  économie de guerre en lien avec le pillage des ressources naturelle, des tueries et  des massacres  répétitifs  dans l’indifférence, ont du mal à construire une vision commune pour le bien commun. La privatisation de l’Etat est une menace permanente. Les candidats sont dans la conservation ou la conquête du pouvoir.  Pour le candidat, la CENI est avant tout favorable ou défavorable à sa victoire aux élections. Si la CENI lui est favorable, elle est crédible. Si elle lui parait défavorable, la CENI n’est pas crédible ou plutôt, ils tentent  de la contrôler par tous les moyens. Evidemment, chacun prétend œuvrer pour l’intérêt du peuple alors que chacun pense d’abord à ses intérêts personnels. La classe politique de la RDC a fait à deux reprises l’expérience de la compétition électorale et en est sorti appauvrie sans perspectives de se refaire une santé financière avant les prochaines élections. Plusieurs arrivent à la conclusion qu’il faille retardé le plus possible ces élections, le temps pour eux qu’ils aient le temps de se refaire une santé financière, surtout que le taux de réélection est très faible dans le pays, environ moins de 30%. La multiplication des stratagèmes politiques pour empêcher l’organisation des élections entre donc aussi dans ce contexte, la CENI devient par conséquent la cible à abattre pour ne pas dire le bouc émissaire idéal ou à contrôler, selon le cas.  D’autre part, le financement des élections est abordé uniquement comme financement de l’organisation des élections ou le financement de la CENI en omettant le financement des candidats et des partis politiques qui, s’il est mal encadré, peut mettre en place des systèmes de corruption rigide, durable et dommageable pour la démocratie dans le pays. Il est clair qu’il faut des réformes électorales, notamment pour le financement des partis politiques et des candidats pour bâtir un pays qui prend en compte les préoccupations de ses concitoyens.

Jean Baptiste NDUNDU NSITUVILA est Membre de la Commission Electorale Nationale Indépendante en République Démocratique du Congo depuis juin 2013,

 

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