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La spiritualité : on a besoin de l’exprimer

Parmi les défis à relever, l’équipe de préparation avait pointé l’importance du spirituel.

- Dans la synthèse des questionnaires proposés aux mouvements pour préparer les journées de juillet, une seule affirmation : « La révision de vie et/ou le lien Vie-Foi sont fondamentaux pour tous nos mouvements. »

- Durant la session, les experts comme les mouvements ont relevé une difficulté à exprimer sa foi. C’est historiquement explicable mais cela ne satisfait plus les mouvements.

 

Paroles d’experts …

Au cours de ces journées, des experts ont dit : « Dans vos documents préparatoires à ces journées, par exemple, il n’y a rien sur votre vie individuelle et collective de croyants. C’est ce rien qui pose problème aux évêques. Comment les mouvements d’Action Catholique vivent-ils leur spiritualité au-delà de "la vie du monde"? Comment le faire passer ? Comment le faire comprendre ? » (Emile Poulat)

« Effectivement, les MIACS sont perçus comme des groupes qui mettent la lampe de leur baptême sous le boisseau tout en se proclamant baptisés. Ils sont perçus comme des groupes qui ne donnent aucune place, ou si peu, à cette catéchèse de la source à laquelle ils doivent se référer : celle de la force, de la nouveauté, de l’autorité, que le baptême confère aux disciples de Jésus-Christ. » (Agnès)

… Et paroles de militants

Les participants font tous part, avec plus ou moins de force, de cette inquiétude. Ils font part aussi de leur désir d’oser de nouveau une parole. Ce sont les mouvements de jeunes qui sont, semble-t-il, les plus explicites dans cette demande. « On a de la misère à exprimer ce qu’est notre croyance... Dans notre mouvement, on a souvent demandé à nos aumôniers de faire ressortir la mystique de ce qu’on fait. Ils ont autant de mal que nous. Verbaliser, être capables de dire la révision de vie comme manière de vivre la spiritualité ?  Mais on  n’a pas expliqué cette spiritualité. » (JOCI)

                « Comment vivre et rendre compte de notre spiritualité originale ? On a laissé confisquer par d’autres le spirituel. C’est la responsabilité de  notre  baptême.  C’est  aussi  une  stratégie pour nous faire reconnaître. » (MIAMSI)

Nous ne sommes pas démunis

                Or, tout au long de la session, il a été souligné combien le fait d’être chrétien de cette manière-là, ancrés dans la société, en pratiquant les trois temps exigeants de la révision de vie et la méditation de la Parole, ne nous laisse pas démunis.

Nous appuyant sur nos acquis et sur notre désir de clarifier notre rapport à la spiritualité, nous avons pu nous rappeler - pour nous encourager ? - par exemple, que :

- l’Action Catholique « n’est pas de l’ordre du charisme mais de la manière normale de vivre sa foi ». (P. Pié)

- « Nos mouvements sont des lieux de réflexion dans lesquels l’action des uns et des autres est prise au sérieux. La spiritualité que nous vivons fait attention aux membres de nos équipes. Elle est ouverte et attractive. » (MMTC)

- « Nos publics cibles perçoivent du positif de l’Eglise quand ils rencontrent des hommes et des femmes qui s’engagent au service de l’humanité et donnent à voir une Eglise au service du monde. L’important n’est-il pas de dire que nous sommes des hommes et des femmes qui croyons au Dieu de Jésus-Christ, engagés avec beaucoup d’autres hommes et femmes dans la société ? Dans les organisations internationales, les références à des organisations chrétiennes, ou la présence de chrétiens, ont du poids. » (J. Puhl)

- « L’Evangile, c’est de la théologie narrative : la première théologie de l’action. Lisez systématiquement l’Evangile, comme vous le faites déjà. Ne choisissez pas les textes qui vous conviennent. Et faites, continuez à faire une lecture militante de l’Evangile. » (P. Pié)

- « Nos mouvements ont suffisamment de convictions pour irriguer cette Eglise dont nous sommes et qui a tant de mal à être au service du monde. On n’est pas les meilleurs, mais notre légitimité est l’expression de la vie, de la manière dont les gens vivent de Dieu, de leur cri. » (J. Puhl)

- « Dans les conseils pastoraux, il n’est pas indifférent qu’il y ait, ou non, des membres de l’Action Catholique. La tentation est toujours grande de parler de l’intra-ecclésial et d’oublier la vie des gens. » (P. Pié)

- « Nos mouvements sont des espaces d’espérance, où l’on rend compte d’une espérance que nous construisons ensemble.» (JICI)

Des axes forts

- Communiquer notre source. Redire notre foi.

- Rendre visible la spiritualité de nos mouvements, y compris en exprimant notre foi, ce qui est de notre responsabilité de baptisés.

- Articuler foi personnelle (je) et foi communautaire et ecclésiale (nous, en Eglise) / engagement au quotidien qu’il soit personnel, communautaire ou collectif (je et nous). La révision de vie est un bon moyen pour vivre cela.

- Mettre en valeur la place importante des aumôniers, des accompagnateurs et des accompagnatrices dans la révision de vie et la relecture dans la foi.

Publics cibles : les mouvements se cherchent

                Les frontières sociologiques sont plus floues qu’auparavant. Les rapports au groupe social diffèrent. Les MIACS, justement du fait de leur positionnement sociologique, sont touchés de plein fouet par les évolutions sociales à l’échelle mondiale :

- moindres frontières sociologiques, allant jusqu’à l’effacement de la notion de classe sociale,

- évolution des modes d’insertion dans le monde du travail : dictature de l’économie dans un contexte de mondialisation ; compétitivité et chômage qui affaiblissent la solidarité,

- manque de perspective humanisante lié à un consumérisme tous azimuts, à un chômage important, à une précarité de l’emploi et à une rentabilité nécessaire des entreprises qui entraînent une moindre prise en compte de l’aspect humain du travail,

- différences entre générations plus nettes avec une moindre habitude à fonctionner ensemble,

- phénomènes migratoires importants,

- marginalisation de pans entiers de la société, avec des conséquences pour tous y compris les enfants : phénomènes d’exclusion, qui dépassent la simple pauvreté, pour des millions d’enfants, de jeunes et d’adultes,

- des évolutions dans les modes de socialisation, notamment chez les jeunes, dues en particulier aux nouveaux moyens de communication,

- une transformation du monde rural avec un fort exode rural partout dans le monde, un appauvrissement des ruraux, des régions entières prises dans des conflits armés qui empêchent l’exploitation des terres, une plus grande compétition et, du coup, une moindre solidarité, des frontières plus floues entre le rural et l’urbain,

- une plus grande mobilité des personnes.

Les mouvements obligés de penser autrement

                Ces évolutions sociales globales ont des conséquences directes sur les publics visés ou touchés par les mouvements. D’autre part, comme le souligne le MIAMSI, la question des milieux sociaux est abordée différemment selon les continents. On ne peut pas parler d’un public mais de publics-cibles. Les mouvements se cherchent à ce niveau.

                Le MMTC touche des publics très différents selon les continents. On note aussi une évolution générale dans le recrutement : les catégories rejointes dépassent le profil classique des travailleurs, avec davantage de travailleurs du secteur informel, de sans emplois, de migrants, de précaires et moins de syndiqués.  Le travail inter-générations est difficile, notamment en Amérique Latine, aux Caraïbes : cela atteint la notion de mouvement et oblige à penser les choses autrement.

Le MIDADE note que son influence est globalement en recul mais plusieurs pays d’Afrique, du Moyen Orient, de l’Océan indien (Maurice) fondent. Le MIDADE rejoint principalement les milieux populaires mais pas les plus exclus. Présent dans les pays pauvres, il est fortement interpellé par les enfants les plus démunis : font-ils partie de son public ? Le MIDADE se trouve aussi confronté à l’offre pléthorique de propositions de toutes sortes faites aux enfants, notamment dans les pays riches.

En Afrique et en Amérique Latine, la JICI touche plutôt les cadres en responsabilité ; c’est moins vrai en Europe. L’échelle d’âge des membres des équipes est étendue : jusqu’à 30 ans, voire 40 ans, sur certains continents.

                Les mouvements ruraux (FIMARC, MIJARC) gardent leur cible mais subissent les conséquences de l’exode rural qui est grave. Dans les pays du Sud, la majorité des membres sont des petits paysans qui exploitent leur terre. Il y a, aussi, des gens qui habitent l’espace rural sans être agriculteurs.

                Le MIAMSI rejoint des milieux assez différents selon les pays et les continents : en Amérique Latine, ce sont plutôt des personnes de milieux aisés qui travaillent pour une meilleure justice sociale ; en Afrique et en Asie, des personnes influentes dans les milieux sociaux, économiques et politiques. En Europe notamment, le MIAMSI s’interroge sur ses véritables liens avec les décideurs : font-ils finalement partie de nos publics- cibles ? Comment les rejoignons-nous ?

                Au sein du MIIC-Pax Romana, il y a des intellectuels, des professionnels, sans que ces termes n’aient une définition unique puisque celà dépend du contexte social et historique… et aussi des travailleurs : des gens enracinés dans leur milieu professionnel et qui occupent des fonctions de responsabilité.

En interne les publics se chevauchent parfois

                Parfois, les interventions de différents mouvements à l’égard de certains publics ont tendance à se chevaucher. Il nous faudrait savoir passer des relais en interne (MIACS), voire en externe. C’est ainsi que certains mouvements du MIAMSI travaillent en lien avec ATD-Quart Monde et que tous les MIACS ont constitué des réseaux locaux, nationaux ou internationaux avec d’autres ONG : FIMARC et MIJARC avec Via Campesina  ; le  MMTC  et  la JOCI avec Social Alert ; le MIEC avec Asian Human Right Network ; le MIDADE  avec  Global  Network  Interreligions  for  the  Children  ; etc..

Les mouvements et l’Eglise

Au sein de l’Eglise ?  une question omniprésente

                « Nous ne nous sentons plus soutenus par l’Eglise. Pourquoi ? Quelle est la gravité de cette réalité ? ». Tel était un des axes de réflexion proposé dans le questionnaire préparatoire. Cette question a été très présente dans les débats : critique de l’Eglise hiérarchique, autocritique faite par les mouvements eux-mêmes, discernement apporté par les experts, expressions en carrefours et en plénière. L’importance donnée à cette question révèle une grande souffrance des MIACS : ils se sentent quelque peu désavoués ou ignorés par les évêques alors qu’ils ont connu leur soutien et qu’ils croient, à juste titre, comme l’a rappelé le Père Pié, que, par la révision de vie, l’Action Catholique n’est pas un charisme mais la façon normale d’être chrétien.

L’action catholique dans l’histoire de l’Eglise

                Historiquement, l’Action Catholique est un corps étranger dans l’Eglise, la vie ecclésiale se situant traditionnellement autour de la paroisse. Sous Léon XIII, en partie en réaction contre une société qui s’inspirait des principes libéraux du Siècle des Lumières, naît un mouvement social catholique qui se donne pour mission de « refaire chrétiens nos frères », de « refaire chrétienne la société ». Cela sous-tend une autre conception du Royaume, la vie paroissiale étant globalement ordonnée au salut individuel, l’Action catholique l’étant à une nouvelle société, donc à une conception plus collective. Il y a tension entre ces deux courants. C’est aussi l’évangélisation du semblable par le semblable qui a comme conséquence directe la prise en compte de la réalité ouvrière en tant que telle par l’Eglise. Les ouvriers ne seront plus chapeautés mais partenaires à part entière.

                Cette utopie catholique culmine sous Pie XI qui veut bâtir « une société dont le Christ serait Roi ». C’est mettre l’accent sur l’importance urgente d’une présence chrétienne/catholique significative, c’est-à-dire de l’apostolat, parmi les différents mondes sociaux.

                L’Action Catholique est située dans sa finalité évangélisatrice, comme mouvement de laïcs. Dans une Eglise fortement hiérarchisée et dominée par le clergé, Pie XI parle d’autre part de l’Action Catholique comme de « la participation du laïcat à l’apostolat véritable et propre de l’Eglise » (19 mars 1927). L’apostolat des laïcs est donc un apostolat authentique.

                Le catholicisme n’a cessé de s’adapter à la société. Contre révolutionnaire, opposé au libéralisme, même s’il compose avec lui, il est traversé depuis le Siècle des Lumières par le clivage culture de vie/culture de mort. Cette notion sera particulièrement mise en avant par Jean-Paul II.

Le Concile Vatican II (1962-1965)

                Le Concile relit et reçoit ces intuitions dans un cadre ecclésial plus global, c’est-à-dire une ecclésiologie intégrale. Lumen Gentium et Gaudium et Spes exposent la théologie du laïcat et la question de la mission de l’Eglise dans le monde. Dans ce contexte, l’Action Catholique est située dans sa finalité évangélisatrice : mouvement de laïcs structurés, en communion organique avec le ministère pastoral de l’Eglise.

En 1975, l’encyclique Evangelii nuntiandi paraît

                Paul VI prend ici au sérieux la théologie de la libération. Pour nos mouvements, c’est un texte important car nous sommes proches de cette théologie. Mais dès 1977-78, paraissent à son encontre des documents critiques. En 1983, lors de sa parution, le code canonique ne fera aucune référence à l’Action Catholique mais seulement aux associations publiques et privées.

Le Synode de 1985

                En 1985, lors du Synode organisé pour les 20 ans de Vatican II, l’Eglise inaugure un changement fondamental d’orientation : on ne parle plus d’Eglise, peuple de Dieu, mais d’ecclésiologie de communion.

1987-1988, synode sur les laïcs et Christi deles laïci

Grâce aux évêques brésiliens et au cardinal Martini, l’Action catholique est encore citée dans ces textes. En dehors de toutes autres considérations liées aux bouleversements de société, et pour ne parler que de l’Eglise, l’utopie du début du siècle a échoué : nous n’avons pas « réussi à refaire chrétiens nos frères »... Les évêques se sont donc détournés de l’Action Catholique Spécialisée pour se tourner vers de nouveaux modes d’évangélisation.

Les mouvements balaient devant leur porte

                Après avoir pris acte des évolutions, des  priorités de l’Eglise, au delà de nos « douleurs », un certain nombre de raisons permettent de comprendre les réserves que nous avons suscitées auprès de la hiérarchie :

- L’Action Catholique elle-même, à une époque, a pris ses distances avec la hiérarchie, même s’il serait injuste de ne pas souligner aussi sa fidélité au cours des années. Sa légitime aspiration à l’autonomie et à une vie de partenaire à part entière, sa foi dans le bien-fondé de sa spiritualité, l’ont poussée parfois à pratiquer une « superbe » autarcie, voire une certaine morgue, à l’encontre de la hiérarchie ou d’autres mouvements.

- Immergée dans le monde, l’Action Catholique a pris et prend parfois des positions qui occasionnent inévitablement des conflits avec la hiérarchie. Son discours est parfois à une certaine radicalisation. Or, l’Eglise est l’Eglise de tous et les évêques en ont la charge.

- Les mouvements d’Action catholique peinent à exprimer quelque chose de leur vie individuelle et collective de croyants. Cela inquiète le clergé.

Aller de l’avant

Au cours de ces deux jours, les souffrances ayant été exprimées, des éléments pour comprendre ayant été donnés, un certain nombre de clarifications ont pu être faites :

- Nous ne sommes pas dans l’Eglise. Par notre baptême, nous sommes l’Eglise : « Nous nous demandons ce que va devenir notre relation avec l’Eglise, comme si nous n’étions pas l’Eglise »(JECI). Nous avons souhaité approfondir ce qu’est « faire partie de l’Eglise », avec nos différences culturelles, notre façon de tenir à notre autonomie.

« Clarifier ce que veut dire être d’Eglise. Clarifier notre identité et notre relation à l’Eglise. Qu’est-ce que le « très peu de choses à croire par rapport à l’Eglise et qui fonde la foi ? » (JECI-MIEC). Nous exprimons un désir de comprendre, y compris de comprendre ce qu’on met sous les mots : Eglise, peuple de Dieu, Eglise communion. Nous exprimons un désir de nous repositionner dans l’Eglise, comme Eglise.

Salvador Pié recentre cet « essentiel » de la foi chrétienne et rappelle que tout n’a pas une égale importance : Vatican II a parlé de « hiérarchie de vérités ».

1. Le noyau central de la foi est : Jésus-Christ est le sauveur du monde et de l’histoire. C’est la Bonne Nouvelle radicale.

2. La communauté historique vue du point de vue sacramentel fait la médiation de ce noyau central, par :

- Un « noyau dur » constitué de la foi et du témoignage vivant de la Parole d’une part et des sacrements, principalement le baptême et l’eucharistie, d’autre part. Orthodoxes et protestants sont d’accord sur cela.

- L’institution historique de cette communauté sacramentelle qui change au cours des âges. C’est l’articulation peuple de Dieu / présence de l’Eglise vue comme institution juridique et sociale.

                Dans Lumen Gentium, le magistère affirme que la Lumière des nations est Jésus-Christ et que l’Eglise est un signe et un moyen (sacrement) pour vivre la filiation avec Dieu et la fraternité avec le monde, au delà des chrétiens.

- Nous avons regardé l’Eglise avec un peu plus d’humanité (d’humilité ?), comme une institution qui « est et sera toujours un lieu de luttes. Il y aura toujours différentes façons de concevoir l’Eglise... On doit gérer la complexité pour penser l’Eglise. L’Eglise est paradoxale, nous sommes à la fois saints et pécheurs. »(JECI-MIEC). « L’Eglise est faite d’hommes et de femmes qui peuvent se tromper. Personne dans l’Eglise ne peut prétendre en avoir le monopole. Ni la hiérarchie, ni nous. Inconsciemment, nous voulons avoir le monopole de la meilleure façon de faire l’Eglise et nous accusons la hiérarchie de vouloir le faire. Occupons- nous de notre cible, montrons ce que nous faisons, construisons ensemble. » (JECI)

- Nous avons fait un travail d’ouverture pour construire de nouvelles relations : « Ne pas rester figés sur nos positions, faire un effort pour sortir de la crise. Comment travaille-t-on avec la hiérarchie ? Agnès nous invite à nous appuyer sur la lettre apostolique Christi Fideles laïci, la plus proche de nous, dans laquelle des paroles très fortes sont dites sur la mission des laïcs. »

- S’ouvrir ne signifie pas se diluer. Nous avons réaffirmé la nécessité d’être clairs sur notre identité, nos objectifs, et volontaristes sur leur mise en œuvre, par une confiance en nous restituée, rappelant à plusieurs reprises que nous avons une légitimité de compétences, que nous sommes « experts en questionnements des valeurs fondamentales » (MIAMSI) : « Il y a des stratégies où nous serons toujours perdants. Nous jouons sans cesse sur le terrain de la hiérarchie, pour avoir leur reconnaissance. Nous perdons toujours parce que nous essayons de jouer le jeu qu’on voudrait nous voir jouer. Nous devons radicalement choisir d’être sur notre terrain. Il faut partir de notre groupe-cible, des besoins de notre groupe-cible. Partir de leur cri, du cri des hommes. Partir de notre foi et de ce Jésus qui est venu « pour qu’ils aient la vie en plénitude ». Alors, on racontera ce qu’on fait. Et si ce qu’on fait a une certaine valeur, ampleur, on sera reconnus. Notre lieu théologique est la vie des gens. Nous ne devons pas être obsédés de l’Eglise mais de la vie des gens. Ce n’est en fait pas contradictoire, mais ce sont les angles d’attaque qui peuvent l’être. » (MMTC)

- Dans un contexte général de crise, ayant osé regarder notre Eglise comme aussi « en crise », nous nous sommes sentis partie prenante de sa mission : « Il y a une crise théologique globale, dans une crise de la pensée et de la culture globales ... L’Eglise est dans un moment de transition, de récession, avec une partie de la hiérarchie peu ouverte à la présence au monde et cela dans un contexte de mondialisation, de dialogue, d’inculturation, de sécularisation... Pour nos mouvements, n’est-ce pas une opportunité d’aider l’Eglise, en crise et qui avance dans des courants contraires, à s’en sortir ? Avoir à l’esprit que la démarche d’Action catholique soit considérée comme quelque chose de « normal » (P. Pié).

- Pour cela, un opiniâtre travail de lobbying et de communication auprès de l’Eglise hiérarchique (diocèses, Vatican) est nécessaire.

- Dans le droit fil de cette remise en cause, la question des partenariats est abordée : travailler avec d’autres mouvements proches ou même plus éloignés, ponctuellement ou de façon plus régulière, sans perdre de vue nos publics-cibles.

L’internationalité.

Une question clé depuis deux ans.

Quelle est la réalité de l’internationalité des mouvements internationaux eux-mêmes ? Dans la phase préparatoire à la session de Bruxelles, un certain nombre d’éléments ont été mis en évidence. Les voici.

- Tous les mouvements sont bien internationaux : présents chacun sur au moins 4 continents, dans plusieurs pays de chaque continent.

- Les effectifs de chacun des mouvements sont très variables.

- Les critères de rattachement aux mouvements internationaux et à la notion d’Action Catholique Spécialisée sont eux aussi variables et les liens plus ou moins étroits : certains MIACS ne comportent pas que des mouvements d’ACS mais aussi des mouvements sociaux d’inspiration chrétienne.

- Un réel lien mouvements nationaux/mouvement international existe :

-              visites aux secrétariats internationaux,

-              politique de liens, voire de jumelage dans certains cas,

-              communication écrite régulière des secrétariats internationaux auprès des membres des mouvements nationaux,

-              rédaction et envoi des revues des secrétariats internationaux,

-              mises à jour des données des sites Web,

-              participation des secrétariats internationaux aux recherches, aux formations des mouvements nationaux sur des thèmes particuliers.

                Toutefois, il est difficile de mesurer quelle conscience du mouvement international ont les membres des équipes de base.

- Les mouvements internationaux sont attentifs à mettre en place des moyens d’action efficaces : mise en réseaux régionaux, attention à l’échange d’information sur des thématiques particulières, projets transversaux entre les différents pays et continents. C’est ainsi que, pour l’année 2000, le MIAMSI a proposé un thème d’enquête commun aux différents mouvements nationaux, préparatoire à son congrès.

- Il semble que l’attention au respect de la diversité culturelle et le dépassement de la « culture latine » soient bien une préoccupation, avec une adaptation des méthodes au contexte local. Il a été toutefois rappelé que le discours de Vatican II est européen et que celui de nos mouvements est européen aussi...

Lors des travaux préparatoires, le MIAMSI note à propos de l’internationalité : « C’est une question clé d’actualité dans le mouvement depuis ces deux dernières années et qui donne lieu à des recherches et des interrogations. Si, dans les rencontres internationales, cette diversité culturelle se sent, elle n’est pas forcément analysée et travaillée. Néanmoins, la manière de discerner la situation sociale individuelle et collective des femmes et des hommes n’est pas uniforme. Ceci est vrai aussi de la position du mouvement par rapport aux Eglises et aux manières d’exprimer sa foi. Inutile de parler aussi des critères de discernement politiques, tellement différents entre l’Amérique Latine et l’Afrique, la Belgique ou la Suisse. Notre mouvement travaille actuellement à mieux respecter l’inculturation de la démarche qu’il propose selon les continents.

Mais respecter les cultures n’est pas suffisant. La question est de savoir comment s’enrichir les uns par les autres de nos cultures différentes » a souligné la FIMARC.

                Au cours de la session, il a été souligné que :

-              en créant des instances internationales, les mouvements avaient été précurseurs et missionnaires,

-              cette rencontre « mondiale » de Bruxelles est aussi un signe très positif.

Vivre l’internationalité interroge notre rapport à l’Eglise et à la société

L’Eglise a des ecclésiologies variées selon les régions du monde : « En Asie, par exemple, c’est une ecclésiologie du dialogue avec les autres religions. Dans les sociétés sécularisées, dans lesquelles les gens ne se sentent pas chrétiens, la question est de savoir : comment être chrétiens avec eux quand ils rejettent l’Eglise ? »

                Au niveau de la « vie », c’est-à-dire de notre terrain, de notre mission, les mouvements internationaux, du fait même de leur internationalité, ont un apport d’expériences concrètes et un type de questionnement à promouvoir et à relayer dans des instances internationales civiles avec lesquelles ils travaillent (ECOSOC, BIT, FAO, UNESCO, BICE, Conseil de l’Europe, etc.) ainsi que dans les instances de préparation et de suivi des Conférences Internationales.

C’est aussi pour cela qu’ils ont à resserrer leurs liens avec la base:

« Comment faisons-nous pour promouvoir nos appels ? Comment nous faisons-nous entendre sur la question d’une mondialisation positive ? Nos mouvements ont une manière différente de celle de J.-M. Messier de voir et de pratiquer la mondialisation... Que chacun soit ferment dans la mondialisation ». (MIAMSI)

                « Plus largement, auprès des Nations Unies par exemple, notre atout et notre force - qui est l’expérience de base - ne sont pas valorisés non plus puisque cette expérience de base n’est pas «scientifique». Il faut défendre nos expériences pour qu’elles soient valorisées.  Dans le monde rural, il n’y a pas assez d’alliances stratégiques, pas assez d’ouvertures de voies conjointes entre ceux qui travaillent dans le même domaine, et cela est nécessaire pour se confronter au processus dominant, qui a des conséquences graves. S’il n’y a pas une bonne organisation de la voix rurale, elle ne sera pas entendue» (MIJARC).

                « Internationalité et mondialisation...Comment y répondons-nous ? De quelle manière saisissons-nous les grands défis mondiaux ? En quoi l’action que nos mouvements mènent a-t-elle à voir avec les défis de la mondialisation ? Par exemple, comment l’organisation des agriculteurs péruviens, dont nous pouvons avoir écho dans nos mouvements, a-t- elle une influence sur la mondialisation ? » (J. Puhl).

                « Au Pérou, on dit que les mouvements sont utilisés pour appliquer la politique sociale de l’Eglise. En Belgique, les mouvements sont subventionnés mais, du coup, l’Etat exige d’eux qu’ils travaillent sur des sujets précis. Articuler le travail à la base (micro) et les recherches nationales et internationales. Articuler aussi les actions stratégiques dans l’agenda international (macro). On ne valorise pas assez le travail de la base. On devrait, par exemple, aller jusqu’à mobiliser les habitants des bidonvilles de Haïti qui réfléchissent déjà pour des recherches nationales et internationales. Il faut davantage de communication entre niveau international et équipe de base » (MMTC).

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