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et comment pervenir à une paix juste et durable?

 Selon les Nations-Unies, après 29 jours de bombardements "chirurgicaux" et "de précision" opérés de terre, de mer, et d’air, quelques 1814 personnes ont été tuées à Gaza, dont plus de 85 % sont des civils, dont 408 enfants. Du côté israélien, 64 soldats et 3 civils ont été tués.[1] Eu égard à la sophistication de la puissance de feu israélienne, ces chiffres permettent des doutes sérieux quant à la légitimité des actions israéliennes prétendument d’auto-défense.

 

Il est évident qu’il n’y a aucune parité militaire entre les deux camps, et que la population civile palestinienne a le plus souffert. Selon  une déclaration commune d’experts internationaux du monde entier, dont Richard Falk, "la population civile de Gaza a été sacrifiée au nom d’une interprétation mensongère du droit à l’auto-défense, dans une escalade de violence déployée au vu et au su de la communauté internationale tout entière. L’opération dite "Bordure protectrice" a éclaté au cœur d’un conflit armé permanent, dans le contexte d’une longue occupation militaire qui a commencé en 1967".[2]

On peut tirer de l’offensive militaire actuelle les mêmes conclusions que ce qu’avait déclaré la Commission d’Enquête des Nations-Unies après l’opération "Plomb durci" d’Israël, en 2008-2009, contre la population de Gaza : "Tout le monde, à Gaza, est traumatisé et vit dans un état de terreur permanent. Cette situation a été voulue, car Israël  recourt à la "Doctrine de la Dissuasion" (Ndt. litt. Doctrine de la Dahiya, du nom d’un quartier de Beyrouth, Liban, fief du Hezbollah, rasé par l’aviation israélienne, en 2006) [3], qui consiste à employer une force disproportionnée contre la population civile en vue d’atteindre des objectifs politiques … plus que militaires."[4]

Falk et les autres signataires de la déclaration commune pensent que la majeure partie du lourd bombardement israélien a pour objet de terroriser la population civile de Gaza. Le droit international habituel considère comme illégale toute action délibérée visant à terroriser une population.

Bien qu’un inventaire de ces faits soit important, nous ne devons jamais perdre de vue la situation globale. Il faut rappeler que nous avons souvent déjà été dans une situation semblable. Au cours de l’Opération "Plomb durci", pas moins de 1391 Palestiniens ont été tués à Gaza (55% étaient des civils), dont 318 enfants. Il faut se souvenir des termes employés par le Secrétaire général des Nations-Unies, Ban Ki-Moon, qui a déclaré récemment qu'à moins de s’attaquer aux racines profondes du conflit, on ne pourra que voir encore et encore et encore des carnages de ce niveau.

Beaucoup de gens  peuvent discuter des racines profondes du conflit, mais à Sabeel nous pensons que les remarques ci-dessous résument l’essentiel des principales causes :

  • Une partie significative de la population qui réside entre le Jourdain et la Mer Méditerranée n’a pas droit à l’auto-détermination;[5]
  • La majorité de ceux qui n’ont pas droit à l’auto-détermination est soumise à la loi martiale, et l’a été depuis 47 ans;[6]
  • Les 50% qui bénéficient du droit à l’auto-détermination contrôlent 100% du territoire, directement ou indirectement.[7]

Nous à Sabeel, selon les principes de notre foi, nous nous opposons à toute violence, y compris les tirs aveugles de missiles depuis Gaza. Cependant, en considérant le résumé des causes principales du conflit exposées ci-dessus et qu’aucun observateur politique ne peut contester, nous demandons : Est-il étonnant qu'il y ait un conflit permanent dans notre région ?

Toutefois la question demeure: Comment mettre fin à ce cycle destructeur et parvenir à une paix juste et durable ?

Nous pensons que la réponse est claire et que la plupart des gens la connaissent. Après 47 ans d’oppression militaire, l’occupation israélienne de Gaza, de Jérusalem-Est et de la Cisjordanie doit prendre fin, selon les principes de droit internationalement reconnus. De plus, il faut trouver une solution juste pour les réfugiés palestiniens. Comme pour la Russie en Ukraine, si les autorités israéliennes refusent ce à quoi le droit international les oblige, il faut les persuader de le faire, à commencer par des sanctions internationales ciblées contre les dirigeants israéliens. Les Palestiniens ne demandent pas un traitement spécial, mais ils n’accepteront pas d’être traités comme des individus de second rang dans leur propre pays ou sur la scène internationale. Seule une résolution en accord avec le droit international peut apporter la paix avec la justice à cette Terre sainte tourmentée.

Le Psalmiste dans l’Ancien Testament,[8] et Pierre dans le Nouveau Testament ont dit tous les deux : "Celui qui veut jouir d’une vie agréable et connaître des jours heureux doit cesser de dire du mal et de mentir. Il doit se détourner du mal, pratiquer le bien, et rechercher la paix avec persévérance. Car … le Seigneur s’oppose à ceux qui font le mal" (I Pie. 3,10-12 - trad. Français courant).

 

Rév. Dr Naïm Ateek

Centre œcuménique de Théologie de la Libération Sabeel, Jérusalem

Le 7 août 2014



[1]          Rapport sur la Situation d’Urgence à Gaza au 5 août 2014, accessible sur http://www.ochaopt.org/

[3]          Voir pour la définition : http://en.wikipedia.org/wiki/Dahiya_doctrine

[5]          Selon les données fournies par les bureaux de statistiques israéliens et palestiniens, en 2013, il y a 11,8 millions d’habitants en Israël et Palestine (entre le Jourdain et la Méditerranée), dont 6.016.920 Juifs et 5.800.000 Palestiniens. La population palestinienne comprend 1.596.000 Palestiniens citoyens d’Israël, qui résident en Israël, et 4.204.000 Palestiniens résidant à Gaza, en Cisjordanie et à Jérusalem-Est. (The Guardian, La population ,juive d’Israël dépasse les 6 millions, 1er janvier 2013, accessible sur http://is.gd/kfvsFw . Les 4,2 millions de Palestiniens vivant à Gaza, en Cisjordanie et à Jérusalem-Est n’ont pas droit à l’auto-détermination; et on peut dire la même chose au sujet du 1,6 million de Palestiniens citoyens d’Israël : on ne peut pas dire qu’ils ont droit à l’auto-détermination en tant que peuple à l’intérieur d’Israël.

[6]          Parmi les 4,2 millions de Palestiniens, environ 2,2 millions vivent en Cisjordanie sans droit à l’auto-détermination, et sont soumis à la loi militaire israélienne.

[7]          On ne peut sérieusement contester que Jérusalem-Est et la Cisjordanie vivent sous occupation militaire israélienne. Et bien qu’Israël se soit retiré de Gaza selon son "plan de désengagement" en 2005, il exerce toujours un "contrôle effectif" sur les frontières et l’espace aérien de Gaza. Il en est donc encore la puissance occupante aux yeux du droit international.

[8]          Psaume 34,10-12.

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