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>Il s’agit d’un texte du pape appelé une exhortation. Ce texte ne résulte pas d’un travail collectif d’un synode d’évêques, dont les résultats sous la signature du pape sont également appelés exhortation. Le texte est de la main du pape, on reconnait son style tel qu’il s’exprime dans ses homélies le matin à Ste Marthe et dans ses autres textes. Le pape François s’appuie cependant sur les réalités diverses de l’Eglise dans les cinq continents. Les Conférences épiscopales citées sont les suivantes : Nouvelle-Zélande, Canada, Inde, Argentine, Afrique de l’ouest (CERAO), et Amérique latine (document d’Aparecida).

Il s’agit d’un texte bref, environ 120 pages d’un livre de poche, 177 paragraphes.

  • Ce n’est pas un traité sur la sainteté (&2) mais un « appel à la sainteté… dans le contexte actuel ». Conformément à son habitude, le pape ne se sent pas obligé de rappeler la doctrine (qu’on trouve largement exposée déjà dans d’innombrables documents du Saint Siège), il se concentre sur des textes à valeur pastorale. Des textes qui tiennent compte du contexte dans lequel nous vivons. Ce qui donne une tonalité pastorale à ses écrits. Cette exhortation est un traité spirituel à destination non pas d’âmes d’élite, mais du baptisé tout venant.
  • Définition de la sainteté. Le lecteur ne se laissera pas rebuter par le mot de sainteté, ce mot a parfois en français contemporain des connotations assez négatives, un saint figé dans son plâtre qui défigure nos églises, un saint d’autel paralysé dans sa perfection empesée… ce lecteur-là pourra lire ce bref opuscule. Il se souviendra que la sainteté pour le pape, ce n’est rien d’autre que l’aspiration à vivre heureux, loin d’une « existence médiocre, édulcorée, sans consistance » (&1). La sainteté, c’est la grâce du baptême qui porte du fruit dans un cheminement (& 15). La sainteté, c’est la charité pleinement vécue (& 21). Le mot « heureux » est devenu synonyme de saint, aussi il est légitime de commenter les béatitudes pour comprendre ce qu’est la sainteté (& 63 à 109).
  • Qui est appelé à la sainteté ? tous. Point n’est besoin d’être évêque, prêtre, religieuse ou moine. Le pape laisse donc entendre que les saints canonisés ne sont pas représentatifs d’un point de vue statistique de la réalité de la sainteté. On sait que les prêtres et autres religieux et religieuses sont largement surreprésentés dans la population canonisée. Non pas qu’ils seraient plus saints que les laïcs, mais leurs procès de canonisation ont plus de chances d’être soutenus et défendus longtemps.
  • La sainteté a un genre. Un genre féminin par exemple & 12. Il y a un style féminin de sainteté. Cela est indispensable pour refléter la totalité de la sainteté de Dieu en ce monde. Il y a les grandes saintes bien connues, les deux Thérèse, Ste Catherine de Sienne, Edith Stein, et surtout tant de femmes inconnues ou oubliées…
  • La sainteté anonyme, banale, quotidienne, méconnue est plus répandue, peut-être plus importante que la sainteté couronnée ou reconnue officiellement. La sainteté qui se manifeste par de petits gestes : faire ses achats, rencontrer une voisine, parler, écouter, échanger avec affection… (& 16). La sainteté du peuple patient : des parents, des hommes et femmes qui travaillent, des malades, des religieuses âgées… La sainteté se préoccupe des détails de la vie, voir & 144. La sainteté de la porte d’à côté, la « classe moyenne de la sainteté » (& 7). Ici le pape François fait une référence à un auteur français qu’il aime bien, mais qui est bien oublié en France : Joseph Malègue.
  • Deux obstacles à la sainteté : le gnosticisme et le pélagianisme. Le pape François a recours à deux très vieilles hérésies pour décrire des dérives contemporaines de la vie chrétienne. Il décrit ces tendances comme des hérésies, ce qui constitue une stigmatisation forte, les hérésies ont été condamnées très sévèrement au long de l’histoire. Ce qui mène à ces hérésies : un élitisme narcissique et autoritaire, qui ferme les portes à Dieu et à une écoute transformatrice de l’Evangile.Le gnosticisme réduit la vie chrétienne à un intellectualisme, à une idéologie… ses tenants se croient investis de la charge du contrôle de cette idéologie. Ils ne perçoivent plus la souffrance du Christ qui se reflète sur le visage et le corps du prochain, image de ce Christ souffrant.
  • Ces formes subtiles d’hérésies de nos jours mènent la foi chrétienne à devenir la propriété d’un petit nombre qui se croit le dépositaire de la vraie foi, les derniers vrais croyants convaincus et vraiment chrétiens. Cet élitisme, ce sentiment d’appartenance à la minorité restée fidèle les écarte vraisemblablement de la vraie spiritualité, de la vraie compréhension de l’Evangile. Le pape n’hésite pas à parler d’hérésie.
  • Ces accusations sont graves, elles laissent entendre que ces dérives ne sont pas simplement d’aimables défauts de la vie spirituelle dont on peut sourire. Ce sont des hérésies.
  • On lira avec plaisir le n°137 qui est une critique de l’accoutumance. Encore une dérive spirituelle, moins grave que l’hérésie… Les pages consacrées à l’éloge des vertus sont cependant bien plus nombreuses : patience, douceur, joie, sens de l’humour, sens de la communauté…

 

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